La DS du Petit Clamart, par le Dr Danche

De Gaulle réchappa de deux attentats grâce à la DS.

Une première fois à Pont sur Seine le 8 Septembre 1961, par l'explosion sur le bord de la route d'une machine infernale au napalm, qui se révélera défectueuse. La DS19, avec le maréchal des logis Francis Marroux à son volant, franchira sans encombre le mur de flammes et sauvera le Guide.

 

Une seconde fois, moins d'un an plus tard, lors de la fameuse fusillade du Petit Clamart, le 22 Août 1962.

Ce jour là la DS19 immatriculée 5249 HU 75, pilotée encore par Francis Marroux (on lit parfois Pierre Fontenil), s'échappa alors par miracle du traquenard dont le nom de code était "Charlotte Corday".

 

C'est de cette DS que nous allons parler ici.

 

Et on commence par cette vue issue des archives Roger Viollet: .

"arrivant au château de Rambouillet (Yvelines), 4 septembre 1959"

 


Le déroulé de l'attentat du 22 Août 1962 est décrit à divers endroits sur internet.

Citons entre autres cette video ina et cette video de 10mn d'Alain Decaux relatant entre autres le rôle central d'une ID19 bleue factieuse.

Ces 10mn sont extraites d'une remise en perspective plus complète sur le contexte de cet attentat par Alain Decaux. On y voit la 5249 HU 75 en video, à 1:02:53

Il y a une video avec des acteurs: "ils voulaient tuer De Gaulle", avec des témoignages d'époque. Le montage à 17:35 est assez exceptionnel pour exprimer ce que pensent les membres du commando les uns des autres, bien des années plus tard, et tout le court métrage est très bien documenté.

Et enfin, l'article de wikipedia est plutôt complet.

 

J'en retiens, entre autres:

- l'anecdote à l'arrivée à Villacoublay, quand, une fois sauvés, Yvonne De Gaulle s'inquiéta des deux poulets (en gelée) dans le coffre, prévus pour le dejeuner du lendemain avec Pompidou. Eux aussi étaient indemnes, et ce fut l'ocasion d'un fin jeu de mots avec le mot "poulet".

- le fait que la DS était au Petit Clamart un peu après 20h, ce 22 Août 1962, et que le complot échoua en grande partie parce que le jour avait commencé à tomber. En effet 20h à l'époque correspondrait à 21h aujourd'hui car l'heure d'été ne fut introduite qu'en 1973.

 

 

Concernant l'emplacement exact de l'attentat, c'est sur l'avenue de la libération (renommée depuis avenue de General De Gaulle), un peu après "Clamart Pneus", où j'achète mes XAS.

Ce plan du parisien est imprécis (en particulier il ne situe pas l'ID bleue des conjurés), et Pierre a reconstitué pour nuancierds l'endroit exact, je vous invite à ouvrir cette page dédiée pour le lire.

 

 

Concernant la DS19, voici un repérage complet des trous de balle de l'attentat.

Au passage, on admire ces superbes flammes sur ailes arrières courtes, qui seront abandonnées pour le millésime 60.

 

On a aussi a la chance d'avoir le très beau shooting de Paris Match au quai des Orfèvres.

 

Cette photo d'un impact qui aurait pu être fatal à Mme De Gaulle, qui était assise là, nous montre au passage la présence d'un pare soleil pour les passagers arrière.

Et Pierre a trouvé sur getty images des vues supplémentaires par rapport à celles déjà connues dans le reportage.

Et il ne nous échappe pas sur ces photos un détail troubant: cette DS a le volant noir et les ailes cendrier.

 

On est sur une contradiction flagrante par rapport aux configurations usine:

modèle 59: volant blanc/ ailes arrière à flammes/ ailes avant normales

modèle 60: volant noir/ ailes sans fammes/ ailes avant cendrier

 

Et puis rappelons aussi que la voiture avait un volant blanc quand on l'a vue plus haut, en Septembre 59, à Rambouillet.

 

 

A ce stade, on pourrait donc faire deux hypothèses

1- cette DS est un modèle 59, et à un moment on l'a modernisée en lui mettant le volant noir et les ailes cendrier

2- à l'Elysee on ne s'encombrait pas, et, à la manière du Samourai, on installait un même numéro sur diverses voitures.

 

 

Mais Christian a permis à la science d'avancer en retrouvant divers éléments supplémentaires et en retraçant la vie de la voiture après l'attentat.

 

On apprend donc que deux ans après l'attentat, la DS 19 est remise en état et est vendue le 15 octobre 1964 au colonel  Robert-Pol Dupuy, commandant militaire de l'Élysée au moment de l'attentat.

 

Mais Dupuy, devenu général en retraite ensuite, dérape sur le verglas durant l'hiver 1971-1972 et se casse la clavicule à son bord.

La voiture en ressort très abimée.

 

Merci à Christian pour ces photos inédites prises par son collègue YB.
 

Celle-ci est particulièrement précieuse puisqu'elle nous montre bien la plaque complète, 761 DE 55.

Et non pas 761 DF 55 comme l'avait pensé ce site Inaxys.

 

D'ailleurs Chrstian a même un duplicata de la carte grise, qui nous redit que le propriétaire est le général Robert-Pol Dupuy, demeurant à Lissey.

Cette carte grise, malgré ses gribouillis et erreurs manifestes, nous donne un numéro de série 54 534, et une mise en circulation le 27 Février 1959, ce qui concorde parfaitement, et ce qui lève donc le doute: la DS de l'attentat était bien un modèle 59 modernisé.

 

 

Après l'accident de Verdun, ainsi qu'on l'a lu plus haut dans l'article du Républicain Lorrain, la DS est remisée dans la Meuse, puis la famille du général Dupuy en fait don à l'insitut Charles De Gaulle.

 

Mais, contrairement à ce qui était prévu, Citroën et l'institut, devant l'état trop délabré de la voiture, décideront au final de ne pas la restaurer, et d'en faire une réplique, en ne gardant que l'aménagement intérieur de la voiture d'origine.

 

 

Le mémorial Charles de Gaulle cultive dans ses cartels l'ambiguité sur la voiture.

Mais dans les faits, c'est juste une évocation de la fameuse voiture, avec des croix blanches évoquant l'emplacement des balles.

 

 

 

 

Je note encore que la boule du levier de vitesses est noire et non blanche, et que le rétro n'est pas de 1960.